Affiche de l’évènement

 

Michel Chaumet a changé le titre au dernier moment et a expliqué pourquoi.

Edmond PROUST, bâtisseur et résistant

MAIF Niort, 11 mai 2009

     

Sommaire

I Edmond Proust, l'homme
II Edmond Proust, le résistant
III Edmond Proust, bâtisseur de la MAAIF

 

   I.      Edmond Proust, l’homme

 

1.  Le surdoué

 

Edmond Proust est né à Chenay le 20 octobre 1894 dans une famille protestante du Mellois. Son enfance est marquée par la mort précoce de son père, qui aura peu contribué à sa formation.

  • Un bel homme : l'un de ses camarades de promotion le décrit ainsi :

" C'est un beau jeune homme, de taille au-dessus de la moyenne, d'allure dégagée, dont le visage au teint mat, éclairé par deux yeux vifs au regard clair et droit, est encadré d'abondants et longs cheveux d'un noir de jais...

  • Edmond Proust est un grand sportif :

- Champion cycliste départemental à 18 ans en 1912

- Entre dans l’équipe de rugby de l’E.N. où il aime « le beau jeu »

- Puis se lance dans l’athlétisme

- Dirige les sections rugby et athlétisme du stade St-Maixentais au retour de la guerre

 

  • Un grand rayonnement

« Doué d'une claire intelligence alliée à une exquise sensibilité, animé d'une énergie morale peu commune au service d'un sens élevé du devoir, il exerce, sans le vouloir, une influence ... sur tous ses camarades... Tous, nous subissons inconsciemment dans doute, l'ascendant du chef qu'il révèle déjà en lui..."  (Emile Eugène)

 

 « On était gagné par son air ouvert, son sourire un peu malicieux parfois, mais toujours empreint d’une grande bonté. Il avait l’estime de ses maîtres et l’affection de ses camarades » (L. Jarry)

 

« Ce qui me frappa dès la première rencontre, c’est la force sereine qui se dégageait de toute sa personne, le regard clair et tranquille, et le timbre si particulier de sa voix, rauque et rude dès l‘abord, mais où perçait la bonté. » (Hubert Arnault)

 

  • Un esprit méthodique et précis

 

« Je me plaisais à retrouver dans ses devoirs cette précision et cette méthode qui caractériseront toute son œuvre... » (L. Jarry)

 

  • Une curiosité et une capacité intellectuelle hors du commun

 

  • Une volonté de fer :

« J’ai gagné parce que ma préparation était au point et aussi parce que ma volonté n’a jamais faibli tout au long de mes efforts » (Edmond Proust, 1912)

 

« Il était de ceux qui se s’abattent jamais. Je n’ai connu de lui qu’efforts opiniâtres et luttes incessantes. C’est la même volonté qui lui permit de reprendre la lutte après son arrestation manquée par la Gestapo, de repousser les honneurs auxquels il aurait pu prétendre à la Libération, de sacrifier son temps et sa santé pour la prospérité de la Mutuelle. » (Hubert Arnault)

 

  • Une immense énergie, au service des causes qu’il estime devoir défendre, de la plus grande à la plus humble, et au service des autres, s’accusant en cela d’égoïsme vis à vis de ses proches.

 

 

2.  Le militant

 

  • Un homme profondément marqué par son milieu familial et professionnel

 

Issu d’une terre protestante dont la culture (Edmond Proust n’est ni croyant ni pratiquant) se caractérise par :

-         Le libre arbitre

-         Le progressisme

-         La capacité à résister

 

Formé à l’école normale de Parthenay (promotion 1912 -1915) foyer de diffusion d’idées progressistes, fer de lance de la gauche (ou plutôt des gauches)

 

  • Comment définir Edmond Proust du point de vue politique ?

 

Proust est fermement laïque et républicain. Mais ses ces convictions politiques ne sont pas fermement établies : elles le font balancer entre le radicalisme anticlérical du début de siècle, le socialisme du Front Populaire, voire même le romantisme révolutionnaire émanant de la Révolution soviétique. Trop indépendant pour être encarté dans un parti politique, il compte des amis dans tous les partis de gauche (ex. Lauroua, au PCF). Et, comme de nombreux défenseurs de la laïcité, Edmond Proust est franc-maçon.

 

Il est de tous les combats contre les ennemis traditionnels de la démocratie et du progrès que représentaient alors l’Eglise et le patronat. Naturellement, il n’hésite pas à défendre l’école, fer de lance de la république et du progrès social, lorsqu’elle parait menacée par ces forces.

« Son école était inattaquable. Malheur à qui aurait osé lui porter le premier coup ! » (Y. Sainton)

 

Il prend naturellement sa place dans le combat antifasciste de la fin des années 30 au moment où la démocratie est partout menacée en Europe

 

Le point de vue du général Faucher :

« Un agité qui fait de la politique, disaient certains ...

Voilà donc l’homme qu’on m’avait présenté comme un agité. Agité, il l’est en effet ; seulement, s’il y avait en France beaucoup d’agités de cette trempe, nous ne nous trouverions pas, aujourd’hui, dans la situation alarmante où nous sommes. »

 

  • Plus encore, c’est un militant syndicaliste et associatif

 

Comme la grande majorité des instituteurs issus de l’école normale, il est syndicaliste et adhère au SNI, avec lequel il aura des relations à la fois amicales et orageuses.

 

En effet, il cherche toujours à préserver l’indépendance de la mutuelle contre les tentatives annexionnistes du SNI au moment de la création de la MAAIF.

 

Pour lui, il convient de préserver avant tout le caractère universel de la mutuelle, réunissant tant des militants du SNI que du SU, des communisants et des socialisants, mais aussi des enseignants non adhérents à des partis ou à des syndicats. Il n’oubliera jamais non plus les « coups de main » essentiels que le SNI apportera à la MAAIF sur les plans financier et organisationnel.

 

  • Il a été profondément marqué par la Grande Guerre

- En 1914, il a vingt ans et se trouve mobilisé au 32° R.I.  : caporal (en décembre 1914) puis sergent (janvier 1915) et aspirant (mai 1916), enfin sous-lieutenant en octobre 1918. Il n'est démobilisé qu'en septembre 1919.

 

- Blessé en juin 1915. Il se bat aussi bien en Argonne qu'en Champagne, sans oublier l'enfer de Verdun : son courage et sa bravoure lui ont valu la croix de guerre avec palme.

 

- Comme des millions d'autres, il a vécu cette tragédie morale qui a terriblement affaibli l'Europe. C'est pourquoi il milite après guerre dans les associations républicaines d'anciens combattants : il devient même vice-président national de la F.N.C.R. (Fédération nationale des combattants républicains).

 

-         Il en garde un profond dégoût de la guerre et un net penchant pour le pacifisme, même s’il saura surmonter son penchant pacifiste pour s’engager dans la lutte contre le nazisme

 

 

3.  Un homme attaché à sa terre et aux siens

 

 

  • L’attachement d’Edmond Proust à sa terre natale est avéré par de nombreux faits :

 

-         la fidélité à la même commune, celle de Saivre, tout au long de sa carrière avec deux écoles : le bourg (de 1919 à 1922) ; celle de Perré (de 1922 à 1944)

-         son pseudo de Résistance : la Chaumette

 

-         son retour dans sa modeste école alors qu’il est auréolé de la gloire de la Résistance et de la victoire et qu’il dirige la MAAIF, de 1945 à 1949, saluée par ses concitoyens :

« Votre devoir achevé, simplement vous êtes rentrés dans le rang et, sans éclat, sans ostentation, vous avez voulu revenir parmi nous qui vous aimions tant et qui étions si fier de vous » (P. Lacroix)

-         son implication dans la vie sociale, surtout dans les années 20 et 30, notamment dans la SEP (Société d’éducation populaire) de Saivre qu’il a fondée, expression même de la foi en la vertu progressiste de l’éducation par la culture et le sport, mais il assure aussi le secrétariat de mairie, anime la société de tir et trouve encore le temps d’aller à bicyclette donner à domicile des leçons de piano.

-         son mode de vie, proche des habitants du pays

 

  • Quant à son attachement à sa famille, il est attesté par tous les témoins :

« Il fallait l’avoir entendu parler des siens avec une émotion aux accents délicats, avoir vu son regard, ébloui de bonheur, scruter les traits de sa petite-fille dont il venait de recevoir la première photographie. » (H. Desmanèche)

 

« Pour parler au petit drôle, tu trouves des mots d’une étrange douceur. C’est plaisir alors de voir ton sourire s’éclairer et traduire une allégresse juvénile. Comment ne pas être émerveillé par cet aspect méconnu et si séduisant de ta personne : le lutteur, le chef au langage viril, devenu soudain le plus adoré des grands-pères ? » (Armand Gay)

 

Son fils Robert a joué un rôle important en le secondant tant dans la Résistance que dans le développement de la MAAIF

 

 

De cette esquisse de portrait, nous pouvons donc retenir qu’Edmond Proust est un entraîneur d’hommes, sachant jouer de son charme, de sa prestance et de son agilité intellectuelle qu’il met au service de convictions progressistes et d’un engagement « laïc et républicain » affirmé.

 

Voyons comment cela s’est vérifié dans une double circonstance : l’engagement dans la Résistance, et la création de la MAIF

 

 

II.      Edmond Proust, le résistant

 


Pour Edmond Proust, la période de la seconde guerre mondiale correspond à trois temps assez différents, tant par ses activités que par le rayonnement qu’il peut exercer

 

1.  Le temps de la guerre et des camps (1939-1941)

 


  • Edmond Proust mobilisé comme tous les hommes de sa génération dès le début de la « drôle de guerre » (2 septembre 1939) : il est capitaine au 32 ° RI

 

  • Participe aux combats déclenchés par l’offensive allemande de mai-juin 1940 et est fait prisonnier à Pargues (Aube) le 17 juin 1940

 

  • Enfermé à l’Oflag XII B de Nuremberg jusqu’en août 1941 où il exerce un incontestable rayonnement sur ses camarades

  • Libéré en août 1941 en tant qu’ancien combattant

 

  • Au retour, le militant antifasciste ne peut se satisfaire de la situation de son pays soumis à la botte nazie et cherche à mettre son énergie et son talent au service de la libération de son pays

 

 

 

2.  Le temps de l’engagement (1942-1943)

 

Une période de latence entre le retour et l’engagement d’août 1941 au début 1942 : Edmond Proust cherche des contacts dans une période où la Résistance est encore balbutiante

Dès l’année 1942, création d’un petit groupe de résistants parfaitement autonomes - non par choix délibéré mais par manque de contacts - recruté dans le monde enseignant et mutualiste (MAAIF créée dès 1934) : Mouvement initial et  anonyme de la Résistance, actif dans le Sud des Deux-Sèvres.

 

Liaison d’abord avec le mouvement "Résistance" qui travaille plus spécialement dans le milieu des services publics et un peu plus tard, en mai 1943, avec l’OCM (Organisation civile et militaire) par le biais du général Faucher, ancien chef de la Mission militaire française à Prague et courageux opposant à la capitulation de Munich.

 

Rapprochement du Mouvement initial et anonyme de Proust dans l'OCM : on peut remarquer que le groupe de Proust était de sensibilité politique nettement plus à gauche que la plupart des cadres du mouvement OCM tels que Grandclément (le chef régional) ou Delahaye (le chef départemental).

 

Peu à peu, ses qualités d'organisateur et d'homme d'action l'imposent comme chef de toute la zone Sud des Deux-Sèvres de l'OCM. Et, en août 1943, c'est lui qui prend la tête de l’OCM au plan départemental après une grande vague d’arrestations

Edmond Proust (qui prend le pseudonyme de Gapit) s'entoure d'une nouvelle équipe de direction qui comprend en particulier Maurice Lebrun, Yves Durchon et son propre fils, Robert Proust, qui remplit auprès de lui le rôle d'officier de liaison.


Par la suite, Edmond Proust,devient le chef de l’AS, au moment où l'on peut considérer l'unification comme effective au niveau des états-majors de l’OCM et de Libé-Nord : Proust fait adopter une organisation de type militaire classique, comprenant cinq bureaux au niveau de l'état-major départemental, ainsi qu’un groupe de commandement devant assurer la protection, les liaisons et les services.

 

L’hiver 1943-1944 est difficile :

 

-         Les armes manquent terriblement depuis que la Gestapo a découvert la plupart des caches d’armes provenant des parachutages anglais reçus au cours du printemps 1943.

 

-         Les arrestations menacent : en janvier 1944, le général Faucher, chef régional de l’AS, est arrêté ; quelques semaines après, la SIPO frappe à nouveau en s’attaquant à l'état-major départemental de l'AS et, en premier, à son chef, Edmond Proust. Qui échappe de justesse à l’arrestation le 18 février 1944, contrairement à la plupart de ses subordonnés.

Se réfugie au logis de la Bidolière fièrement perché au-dessus de vallée de la Sèvre, face au Breuil de Sainte-Eanne et non loin de la laiterie de Soignon : ce dernier se cache toute la journée dans la partie haute du logis et ne sort de sa tanière que la nuit, à la faveur de l'obscurité. Sa cache est tellement bonne et sa prudence telle que même les fermiers du logis, présents en permanence autour de la bâtisse, ne l'apercevront jamais.

 

Reprend contact avec les époux Marsteau, Suzanne et René, tous deux instituteurs à l'école du Breuil de Sainte-Eanne où il établit son nouveau P.C. clandestin.  Cette école avait l'avantage de se trouver exactement face à la Bidolière, de l'autre côté de la vallée de la Sèvre, sur le plateau qui domine d'une cinquantaine de mètres le fond de la vallée Celle-ci est, en cet endroit, large de plus de deux kilomètres, en raison des deux failles parallèles qui y délimitent un véritable bassin bordé de deux escarpements pentus. C'est dire que si, à vol d'oiseau, le nouveau PC de Proust n'est pas très éloigné de la Bidolière, il lui faut cependant parcourir toutes les nuits une dizaine de kilomètres à travers bois et fourrés plus ou moins avenants, monter et descendre des pentes vives, longer les haies et emprunter les sentiers isolés.

 

 

 

3.  Le temps de la victoire (1944-1945)

 

 

Proust abandonne alors son "pseudo" de Gapit et devient Chaumette en hommage à l'école qu'il vient d'abandonner

Cumule deux responsabilités superposées : chef de l'AS des Deux-Sèvres, mais aussi chef régional de la même organisation (région B), à la place du général Faucher,

 

"L'obligation dans laquelle je me suis trouvé de fuir devant la Gestapo pour vivre dans la clandestinité d'abord puis dans le maquis a gêné mon action. Néanmoins, j'ai suffisamment maintenu les liaisons avec Paris, Bordeaux et les départements de la Vendée, de la Charente, de la Charente-Maritime et de la Vienne pour en mettre les chefs en contact avec le délégué militaire de la région B d'abord, puis plus tard avec Dufour [pseudo de Moraglia] dès son arrivée à Bordeaux"  

[Lettre d'Edmond Proust au Lieutenant-colonel Lerre (Libération-Nord), en date du 8 juin 1946 (Archives Proust-Chaumette, ADDS)]

 

On devine que l'autorité de Proust n'a pu s'exercer que sur la partie Nord de l'ancienne région B (la région de Bordeaux qui couvre tout le Sud-Ouest, depuis les Deux-Sèvres jusqu’aux Pyrénées) et que la confusion à Bordeaux est telle qu'il ne peut véritablement s'en occuper.

 

Rétablissement des liaisons avec les principaux responsables épargnés par le coup de filet de février : André Royer, dit Dubreuil, menuisier à Sainte-Eanne, ancien de Libé-Nord et socialiste comme les Marsteau, Hubert Arnault, alias Yves; enfin, Robert Ayrault, dit Bréchoire, arrivé un peu plus tard, qui, lui, assure les liaisons avec le Nord du département.

 

Enfin, Chaumette se remit à tisser sa toile d'araignée qui devait enserrer tout le territoire des Deux-Sèvres d'une organisation structurée et homogène, capable de se mobiliser le jour venu et de se soulever, comme un seul homme, à l'appel de son chef, pour libérer ce pays de ses occupants.

 

Problème dramatique : le manque d’armes pour une Résistance de plus en plus nombreuse après le débarquement dans un contexte de rivalité larvée entre groupes AS et FTP d’une part, entre chefs militaires d’autre part à un moment où se met en place l’unification des troupes sous la bannière des FFI.

 

Tentative d’éliminer Chaumette c. chef des FFI, relayée par le préfet régional clandestin, Schuhler :

 

"Je vous demande de façon pressante de tenir compte des indications que je vous transmets ci-dessous. Je comprends qu'elles risquent de bouleverser le travail que vous avez entrepris. Si vous hésitiez devant ce bouleversement, il est bien entendu que vous supporteriez seul les responsabilités d'un échec ou de troubles.

Lors de l'entretien que j'ai eu avec B. [Bernard, de son vrai nom Chêne, chef FTP puis FFI de la Vienne], nous avons longuement parlé de la situation dans les 4 S [nom de code pour Deux-Sèvres]. L'entretien a été d'autant plus direct et utile que B. avait auprès de lui un envoyé du général K. [Koenig, chef FFI pour l'ensemble de la France] très au courant de la question.

K. ne veut pas reconnaître votre chef AS comme chef FFI.

Son choix n'est pas arrêté : il portera soit sur le lieutenant de réserve qui commande les FTP, soit sur un lieutenant de cavalerie d'active présent dans votre région et qui aurait contact direct avec K.

Dites vous bien que vous ne remonterez pas le courant.  Quelles que soient les qualités de votre chef AS, elles ne sont pas reconnues en haut lieu. Pour obtenir l'union, votre devoir est donc de lui recommander la soumission." (Schuhler à Hudeley)

 

Mais cette tentative échoue et il est nommé chef des FFI (message pour le tourteau fromagé :Chaumette est notre seul ami, vous devez lui faire tous confiance)

 

 

Il le doit à l’aide de deux hommes :

- le préfet clandestin Hudeley qui l’a toujours soutenu

- et le chef de la mission Jedburgh, Whitty qui lui fait confiance et lui fait parachuter des armes

Le 13 août 1944, avec les parachutages d’armes réalisés, Chaumette peut rédiger l'appel au soulèvement général, qui commence par les termes suivants : "L'heure H a cette fois vraiment sonné." 

Désormais donc, sabotages, actions de commandos, attaques de convois allemands ne peuvent que se multiplier et s'amplifier. L'insurrection généralisée commence. Avec pour but d’empêcher les Allemands de progresser trop vite vers le Nord, mais aussi de les affaiblir et les démoraliser. Et bien sûr, de libérer les Deux-Sèvres de leur présence.

 

Départ des Allemands le 29 août 1944 et libération de Niort et des autres villes du département

Poursuite des combats avec le 114° régiment d'infanterie, régiment de tradition des Deux-Sèvres, reconstitué pour la sixième fois de son histoire en vue d'aller affronter les Allemands enfermés dans la poche de La Rochelle : secteur de Marans-Maillezais-Courçon.

 

Tentative de percée le 1er mars 1945 au sud du secteur contrôlé par les hommes du "régiment Chaumette", en direction de St Jean de Liversay, Ferrières et Saint-Sauveur, non loin de Courçon. Appuyés par des chars, de l'artillerie et des avions, les Allemands, au nombre de 3.000, qui avaient l'intention d'atteindre Mauzé et Saint-Hilaire la Palud s'emparèrent quelques heures de St Jean de Liversay, acculant la 2° et la 8° compagnie à la reddition en raison du manque de munitions, avant de lâcher prise dans la nuit sous l'effet de la contre-attaque des hommes du colonel Chaumette. Ce combat violent se solda, côté français, par la perte de 17 hommes et la neutralisation de 41 blessés et de 293 prisonniers appartenant essentiellement aux compagnies encerclées par les Allemands.

 

Capitulation allemande et entrée dans La Rochelle libérée le 9 mai 1945, le 114° RI pénétrait en vainqueur dans et quelques jours plus tard, le général Faucher, à peine rentré de déportation, s'en vint féliciter ses jeunes camarades de combat.

 

En juillet, le 114° RI quitta la France pour participer à l'occupation de l'Allemagne, où il fut dissous en octobre.

 

Désormais donc, tout autant qu’à ses élèves, Edmond Proust peut se consacrer à sa « Maison », à « sa » Mutuelle.

 

 

III.      Edmond Proust, bâtisseur de la MAAIF

 

 


1.  Le temps des fondations (1929-1939)

 

  • Une naissance en temps de crise :

 

-   Politique de déflation de Pierre Laval : réduction de 10 % de toutes les dépenses publiques, diminution de 3 à 10 % le traitement des agents de l’Etat, augmentation des impôts.

 

-   Les instituteurs subissent une forte baisse de leur pouvoir d’achat : prélèvement de 10 % sur tous les traitements et indemnités, la suppression de l’indemnité de résidence pour l’un des conjoints dans les ménages de fonctionnaires et le retard d’un an pour toutes les promotions.

 

-   Instituteurs cible privilégiée de campagnes de presse, menées par des journaux qui, pour la plupart, étaient entre les mains du patronat et du fameux comité des Forges, des Houillères et des Assurances. En son sein, le patronat de l’assurance, comme les autres, menait combat contre les enseignants, utilisant pour ce faire l’argent de primes fort élevées.


 

  • Une mutuelle politique : mutuelle réservée aux instituteurs, permettrait d’offrir une protection efficace, obtenue grâce à des cotisations plus conformes à leurs revenus. De plus, leurs primes ne seraient plus détournées en faveur de la propagande anti-enseignante du patronat de l’assurance :

 « C’est pour mener, sur le front social, avec nos modestes moyens, la lutte contre le monstre capitaliste, que nous avons fondé la MAAIF ». (EP, 1937)

 

  • Un faisceau de convictions politiques, partagées par la plupart des militants qui, au-delà des divergences partisanes (entre communistes et socialistes, voire radicaux) permet de forger un ensemble de pratiques collectives fondées sur l’aide mutuelle, la confiance et la solidarité.

 

  • Naissance par conjonction favorable d’initiatives locales, issues d’un même terreau idéologique, qui ont eu le bonheur de pouvoir converger, à la fois par le jeu des circonstances et par le biais des réseaux militants du monde enseignant : Edmond Proust en 1929, Fernand Braud, instituteur en Vendée l’appel de Jutier, lancé en 1931, est le véritable point de départ du processus complexe qui sous-tend la création de la MAAIF, relais de Jean Lauroua, relance de Edmond Proust en 1932

 

« Un premier appel, paru dans le bulletin de février 1932, m’a valu six réponses. Vous êtes, mes chers collègues, visiblement enchantés de verser des primes d’assurance énormes par rapport aux risques que notre profession limite considérablement.

Libre à vous de continuer à augmenter la puissance de vos adversaires en gonflant à coup sûr des réserves destinées à entretenir une presse plus ou moins ouvertement hostile à nos intérêts et à notre école.

Cependant, je vous propose, encore une fois, de vous grouper en une mutuelle de défense contre les risques d’accidents automobiles. »

 

·      Création de la MAAIF le 17 mai 1934, au théâtre de Fontenay-le-Comte.

 

-         301 sociétaires originaires de 30 départements mais surtout de Vendée et des Deux-Sèvres,

-          capital ridicule de 37625 francs

-         siège social à Fontenay-le-Comte


Fernand Braud devient tout à la fois le premier président et le directeur de la mutuelle.


Edmond Proust d’abord vice-président puis, au début juin 1934, président.

·        Trois idées-forces:

- Suppression des intermédiaires et création d’un réseau militant constitué par des correspondants départementaux venant du syndicalisme

- Refus du profit : redistribution des excédents et rappel de cotisations si nécessaire

- Refus de la réassurance, malgré le risque financier

 

·       Des problèmes de jeunesse : le conflit Braud-Proust

Relations difficiles entre Fernand Braud, enthousiaste, impulsif, brouillon, mais peu rigoureux dans la gestion quotidienne et Edmond Proust, réfléchi, pointilleux, souhaitant tout contrôler, craignant pour l’avenir de la mutuelle

Edmond Proust l’emporte le plus souvent en raison de son caractère pondéré et équilibré : Son ascendant s’affirme chaque jour un peu plus.

L’orage éclate lorsque Proust s’aperçoit que les comptes de la mutuelle sont tenus de façon fantaisiste et qu’une partie des cotisations, même réduite, a tendance à s’évaporer. Il n’a alors de cesse d’obtenir le dessaisissement de Braud et le transfert du siège en Deux-Sèvres.

 

·       Transfert à Niort le 18 juillet 1935, date à laquelle Proust obtient l’éviction de Braud et du trésorier. A Niort, réside Naud, le nouveau directeur, et non loin habitent Edmond Proust, le président, et Jean Lauroua, le nouveau secrétaire. Cette décision est capitale pour le devenir économique de la capitale des Deux-Sèvres.

 

·        Installation rue de la gare

 

·        Appui sans réserve du SNI : croissance spectaculaire

-         Des effectifs : en 1940, la MAAIF compte 35.511 sociétaires

-         Des employés : 55 à la veille du conflit.

-         Des cotisations, elles ont bondi de 1 million de francs en 1935 à 13 millions en 1940.

 

2.  Le temps de l’obstination (1939-1945)

 

  • Un choc sévère pour une jeune entreprise de six ans :

-         Mobilisation des administrateurs et salariés

-         Coupure de la France en deux zones et risque d’éclatement (siège secondaire à Lyon sous l’impulsion de Joseph Bouchard entre octobre 1940 et février 1941)

-         Occupation des bâtiments par les services allemands du Rüstungkommando et de la Propagandastaffel

-         Pénuries de plus en plus sévères (essence, notamment)

-         Baisse drastique des adhérents : de 36.000 en 1940 à 9.500 en 1943

 

  • Face à cette situation, et pour reprendre le mot d’Edmond Proust « Durer est actuellement un idéal valeureux ».
  • Comment est-ce possible ?

 

-         D’abord et avant tout par la solidarité des presque 10.000 adhérents qui continuent à payer leur cotisation alors que leur voiture reste au garage

-         Des expédients telles que les nouvelles garanties, notamment l’assurance vélo

-         Des licenciements indispensables vu la réduction d’activité

-         Des placements financiers d’avant-guerre très rentables (achat d’une propriété de 80 ha en Charente Inférieure.)

 

Au final, la MAIF sort de la guerre exsangue mais toujours vivante. Il faut la reconstruire

 

 

3.  Le temps de l’expansion (1945-1956)

 

  • Un redémarrage assez lent en raison de la lente reprise de l’économie jusqu’en 1950 : il faut 5 ans pour rattraper le niveau d’adhérents de 1940, mais par contre l’expansion gagne au cours des années 50 : adhérents x 3 jusqu’en 1956, automobiles assurées x 6, cotisations x7

 

  • Création de la CAMIF, qui est d’abord perçue comme une caisse de solidarité destinée à venir en aide aux sociétaires pour des sinistres non couverts par la Mutuelle et qui devrait proposer des prix attractifs grâce à la puissance de son groupement d’achats et à sa méthode de ente par catalogue. Démarrage de l’activité en 1948 dans les locaux de la MAAIF, puis installation rue de Brioux. 

  • L’avenir de l’entreprise est donc assuré, mais l’expansion aiguise les appétits et la MAAIF connaît en 1951 sa première grève, chose inimaginable pour les administrateurs qui voient en la MAAIF plus une association qu’une véritable entreprise : l’affaire est compliquée par l’implication du directeur, et le bras de fer entre Perrochin et Proust se termine en faveur de ce dernier qui cumule désormais les fonctions de Président et de Directeur Général (signe caractéristique de la direction de la MAIF où le pouvoir reste aux mains des administrateurs)

  • Cette affaire a des répercussions au sein du C.A. où le conflit sous-jacent entre Niortais et Lyonnais reprend à l’initiative de Bouchard qui y voit l’occasion de prendre le pouvoir et d’écarter Edmond Proust. Mais ce dernier bénéficie du soutien de la majorité du C.A. Sa réponse est aussi de faire adopter par le C.A. l’idée de se faire aider par son fils, son » double», son autre « moi-même » « afin que ma vie cesse d’être un bagne et que ma santé ne décline pas irrémédiablement »


  • Mais l’homme a été profondément blessé par tous ces heurts, il est épuisé par tous les combats qu’il a menés et il meurt le 27 novembre 1956 d’un arrêt cardiaque.

Dossier réalisé par le secrétariat AMOPA79 avec les notes fournies par Michel Chaumet

Edité au collège Louis de Fontanes – Niort Novembre 2009

Production AMOPA79