Affiche de l’événement

 

 

Document produit par le secrétariat de la section des Deux-Sèvres de l’AMOPA

Edité au collège Louis de Fontanes  56 rue du 14 juillet  Niort   novembre 2008

 

Section Départementale des Deux-Sèvres – Inspection Académique 61 Av de Limoges 79022 Niort Cedex

 

 

 

Daniel Brillaud, président de l’AMOPA 79 présente les intervenants et lance la conférence

 

 

de gauche à droite : Claudine Béguier-Parrot, Henri Jamoneau, Annaïck Loisel et Alain Chauffier

 

    

 

page 04  Bicentenaire des Palmes académiques : quelques éléments historiques

page 06  Intervention de Mme Annaïck Loisel

page 08  Intervention de Mme Claudine Béguier-Parrot

page 15  Intervention de M. Henri Jamoneau

page 19  Intervention de M. Alain Chauffier

  

 

 

Bicentenaire des palmes académiques,

quelques éléments historiques

 

 

L’ordre des palmes académiques a été institué, dans sa forme actuelle, par un décret du 4 octobre 1955, mais sa création remonte, en fait, au décret impérial du 17 mars 1808 précisant les lois du 1er mai 1802 (Bonaparte est 1er Consul) et du 10 mai 1806 (Napoléon 1er est empereur).

 

[Un bref rappel sur ces lois :

-         La loi générale sur l’instruction publique du 11 floréal an 10 (1er mai 1802) organise l’instruction publique

1-      dans les écoles primaires établies par les communes (instituteurs logés par la commune mais rémunérés par les parents),

2-      dans les écoles secondaires établies par les communes ou tenues par des maîtres particuliers,

3-      dans des lycées (un lycée par arrondissement de cours d’appel) ou des écoles spéciales (formations spécialisées de cadres) entretenues aux frais du Trésor public.

-         La loi du 10 mai 1806 crée sous le nom d’Université impériale, une corporation publique, hiérarchisée, jouissant, en principe, du monopole de l’enseignement (en fait un enseignement privé subsiste et l’enseignement primaire ne fait pas partie de l’Université), placée sous l’autorité d’un grand maître au sein du ministère de l’intérieur.

Par ailleurs, en 1808, sont créées les académies, circonscriptions permettant d’administrer plus facilement l’Université, ainsi que le baccalauréat.]

 

Conscient qu’on ne mène pas les hommes sans leur manifester une reconnaissance proportionnelle à leurs capacités, en 1808, l’Empereur crée divers titres honorifiques afin de « distinguer les fonctions éminentes et de récompenser les services rendus à l’enseignement ». La distinction consiste en trois titres attribués aux membres de l’Université selon leur fonction : au sommet les titulaires, puis les officiers de l’Université, enfin les officiers des académies.

Ces titres honorifiques, donnant droit à pension et décoration, pouvaient être rattachés de droit à certaines fonctions ou, par ailleurs, conférés à des membres de l’Université « les plus recommandables par leurs talents ou leurs services ».

La décoration consistait en une double palme (palme et rameau d’olivier), brodée sur la partie gauche de la robe professorale.

 

En 1850 (décret du 9 décembre), la décoration devient indépendante du grade universitaire et son attribution est étendue aux personnels du primaire et de l’enseignement privé. Il n’y a plus que deux grades : officier d’académie, officier de l’instruction publique.

 

En 1866 (décret du 7 avril), à l’initiative du ministre Victor Duruy, est instituée une décoration portative, insigne métallique suspendu à un ruban moiré violet : palmes en argent pour les officiers d’académie, palmes en or, avec rosette, pour les officiers de l’instruction publique. Le décret du 27 décembre étend l’attribution aux savants, aux littérateurs, et aux personnes ayant bien mérité de l’instruction publique.

En 1955 (décret du 4 octobre), suite à une première proposition du député Marcel Naegelen, le Ministre Berthoin crée un Ordre comprenant trois grades :

-         Chevalier pour un âge de 35 ans minimum, la jouissance des droits civiques et 15 ans d’éminents services,

-         Officier pour d’éventuelles promotions après 5 années au moins dans le grade de Chevalier,

-         Commandeur pour d’éventuelles promotions après 5 années au moins dans le grade d’Officier.

Sont récompensés :

-         des personnels, français ou étrangers, relevant du ministère de l’Education nationale.

-         des personnes rendant des services importants au titre de l’une des activités de l’Education nationale,

-         des personnalités éminentes qui apportent une contribution exceptionnelle à l’enrichissement du patrimoine culturel.

 

En 1963, l’Ordre des palmes académiques est conservé lorsque le général de Gaulle réorganise les divers ordres et crée l’ordre national du Mérite.

 

En 2002 (décret du 19 avril) les conditions d’attribution sont assouplies :

-         Chevalier : jouissance des droits civiques et 10 années de services au moins,

-         Officier : au moins 5 années d’ancienneté dans le grade de Chevalier,

-         Commandeur : au moins 3 années d’ancienneté dans le grade d’Officier.

L’avancement doit récompenser des mérites nouveaux.

Le contingent annuel est fixé à 7 570 Chevaliers, 3 785 Officiers et 280 Commandeurs pour des promotions ayant lieu les 1er janvier et 14 juillet par décret pris sur proposition du ministre de l’Education nationale.

 

 

L’association des membres de l’Ordre des palmes académiques (AMOPA), présidée par l’Inspecteur général Treffel, comprend environ 30 000 membres ; elle édite une revue et diverses publications, organise des activités culturelles, participe à toutes les initiatives en faveur de la langue française et de la francophonie, aide par des dons de livres les pays scolairement défavorisés, s’efforce de développer à travers le monde les valeurs de l’humanisme et de l’éducation, le dialogue entre les générations.

La section deux-sévrienne de l’AMOPA comprend 160 membres ; elle s’attache plus particulièrement à promouvoir le patrimoine et les valeurs de l’Ecole républicaine, à faire connaître les personnalités deux-sévriennes qui ont donné leur nom à des établissements scolaires du département, les lieux qui, à des fins pédagogiques et éducatives, gagnent à être visités par nos élèves. Elle organise des conférences et publie, avec l’aide du Conseil général, un bulletin annuel.

 

 

 

 

 

 

Madame Annaïck Loisel, inspectrice d’académie, directrice des services départementaux de l’éducation nationale

 

 

 

 

Monsieur le Président de l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques,

Monsieur le directeur du site de l’IUFM,

Mesdames et Messieurs,

 

 

La célébration du bicentenaire de la création des Palmes académiques nous offre l’occasion de se retrouver autour de l’Ecole. Et c’est une fierté et un honneur pour une Inspectrice d’Académie d’affirmer au nom de l’Etat la place exceptionnelle de l’institution scolaire dans l’identité nationale et de souligner la reconnaissance qui est due à tous ceux qui servent avec conviction et dévouement, à travers cette institution, la jeunesse qui lui est confiée.

 

 

Notre école aujourd’hui doit encore beaucoup à ses origines…

 

Sans m’attarder mais puisqu’il s’agit des origines… une pensée pour le marquis de Condorcet dont le projet d’organisation générale de l’instruction publique en 1792 (devant l’assemblée législative) posait déjà les principes de la liberté d’enseignement, d’égalité d’accès aux savoirs et de gratuité, expression de la fraternité entre les citoyens ;

L’école devenait ainsi à l’époque révolutionnaire un enjeu politique majeur parce qu’elle participait à la mission de transformer la société en instruisant les hommes.

L’école moderne dès sa conception apparaît donc comme le fondement de la citoyenneté et de l’état et il est remarquable que cette conception soit réaffirmée dans l’article 2 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 : « outre la transmission des connaissances, la nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la république ».

 

 

Formé dans le creuset de la révolution, Napoléon, premier consul, puis empereur des Français, réfléchit plusieurs années durant à une organisation qui mettrait l’Ecole directement au service de l’Etat ; cette réflexion se concrétise en 1806 par la création de l’Université impériale dont le fonctionnement se précise en 1808 avec la création des académies, des recteurs, des IA, sans oublier l’instauration des grades dont le premier est le baccalauréat.

 

 

Napoléon crée de la sorte dans le paysage administratif français une spécificité éducatrice qui demeure inscrite dans l’article 33 du décret du 29 avril 2004 relatif à l’organisation territoriale de l’Etat et consécutif à la loi de décentralisation du 13 août 2004.

…et la réforme actuelle de modernisation de l’Etat préserve cette spécificité.

 

 

 

Pour reconnaître ceux qui vont assurer la fondation institutionnelle nouvelle, dans le même temps, l’empereur crée des titres honorifiques afin de « distinguer les fonctions éminentes et récompenser les services rendus à l’enseignement ». Réservée uniquement à l’origine aux membres de l’université, la distinction des Palmes académiques vient de voir le jour avant que ne soient créés une décoration en 1866 puis un ordre un siècle et demi plus tard (1955).

A l’évidence, l’histoire des Palmes Académiques accompagne celle de l’Ecole, l’enseignement primaire venant s’ajouter à la construction impériale : quoi de plus normal puisque cette construction progressive de l’Ecole doit en effet beaucoup à tous ceux qui l’ont servie en même temps qu’ils servaient l’Etat. Leur dévouement exprime largement une aspiration à préserver et à assurer la pérennité des valeurs qui sont garantes de l’unité et de l’identité de notre pays.

 

 

Il me revient, en tant qu’Inspectrice d’Académie, de proposer ceux qui, au sein de l’Ecole comme dans son environnement, sont dans ce département les serviteurs émérites et reconnus de l’Ecole de la République. C’est une responsabilité morale que j’exerce avec une conscience élevée du caractère exemplaire que doit revêtir toute distinction dans l’Ordre des Palmes académiques.

 

 

Porter à son revers l’ insigne de couleur violette, - couleur distinctive de la toque du grand maître de l’université – dont le premier fut le comte Louis de Fontanes - et de nos jours couleur distinctive de la toge du recteur chancelier,…- porter l’insigne violet, nous le savons tous, signifie l’attachement et la loyauté à la République et à son école, et tout particulièrement à la laïcité qui dans la sphère publique assure l’égalité entre tous les élèves quelques soient leur histoire, leurs origines, leur religion, leur situation personnelle et familiale.

Là est l’honneur de notre école d’accueillir dans la tolérance et sans restriction aucune tous les enfants de 3 à 16 ans qui résident sur le territoire national. Là est aussi sa mission fondamentale d’être, grâce à la transmission des savoirs et à l’éducation, le lieu d’apprentissage de la liberté par la médiation de la connaissance.

 

 

Je suis certaine de la pleine réussite de cette soirée placée sous le signe de l’humanisme et de l’engagement toujours présents dans les activités de l’AMOPA que je remercie vivement ainsi que Monsieur le directeur du site de l’IUFM de Niort d’avoir veillé à la qualité de cette manifestation.

 

 

 

 

Madame

Claudine Béguier-Parrot

 

auteure du livre

« Les instituteurs des Deux-Sèvres au début du XXème siècle » Geste Editions 2007

 

 HISTORIQUE DES ÉCOLES NORMALES

 

La première date importante est le décret organique, pris par Napoléon I le 17 mars 1809, qui prévoyait la création auprès de chaque académie de « classes normales », où seraient exposées les méthodes propres à perfectionner l’art de montrer à lire, à écrire et à chiffrer. Mais le décret ne survécut pas et une seule école normale fut créée en 1810 : celle de Strasbourg.

 

Aux alentours de 1816, la situation scolaire est relativement mauvaise dans les Deux-Sèvres, comme dans la plupart de ses autres départements limitrophes. L'absentéisme sévit surtout dans les régions rurales des Deux-Sèvres. Durant six mois, l'école est pratiquement vide car les enfants aident leurs parents aux travaux des champs. Pierre Dauthuile relate la faiblesse du niveau des maîtres : «le sieur J. Guibert, instituteur à Bessines en 1827 sait juste lire, écrire et compter1». Souvent ces personnes ne sont pas seulement instituteurs : ils ont pour la plupart une fonction annexe plus ou moins compatible. C'est le cas, en 1813, du sieur Bluteau2, qui est instituteur à la Chapelle-Saint-Laurent, mais aussi chantre, aubergiste et boisselier. Cette multiplicité des fonctions est générale, pour l'époque, dans tous les départements.

 

Sous l'Empire et la Restauration, l'enseignement restera donc, en majorité, le domaine du privé et le rôle des ecclésiastiques sera primordial dans la nomination des enseignants. Ce n'est qu'à partir de 1833, avec la loi Guizot du 28 juin, que l'instruction publique commence donc à s’imposer, mais cette démarche se retrouve confrontée à bien des oppositions dans certaines communes. Cette loi demande notamment la création d'une école normale de garçons dans chaque département. Avant même cette loi, 47 écoles normales étaient déjà ouvertes en France3. Guizot, lui, leur donne surtout un caractère homogène.

 

LES ECOLES NORMALES DES DEUX-SEVRES

 

         1) Les écoles normales des Deux-Sèvres

 

a) L’école normale de filles (Niort)

 En 1878, le conseil général des Deux-Sèvres vota la construction de l'école normale de filles de Niort4. Auparavant, le recteur de Poitiers, avec l'assentiment du ministre, avait proposé au département des Deux-Sèvres de contribuer à l'établissement, à Poitiers, d'une école normale d'institutrices commune à tous les départements du rectorat. Le conseil général n'approuva pas cette combinaison. Une propriété de 150 ares du nom de Dauphiné, au nord de Niort fut achetée au prix de 40 000 F5. Ce lieu domine la ville et est relativement étendu. La première pierre fut posée solennellement le 3 octobre 1880, en présence de M. Chaignet, recteur de l'académie de Poitiers. Le 29 septembre 1882, Mademoiselle Lusier, directrice de l'école normale de Tours, fut chargée d'organiser la nouvelle école au point de vue matériel et pédagogique.

 


      Photographie n°1 : L’école normale de filles de Niort aux alentours de 1933.      Source : Collection privée.

 

L'école fut aménagée pour recevoir quarante élèves-maîtresses. La première année fut laborieuse. Il fallait organiser des cours avec de jeunes maîtresses débutantes et inexpérimentées dans un local inachevé et insuffisamment meublé. Depuis l'origine de l'école normale, il n'est plus fait aucune différence, dans les concours d'admission, entre les élèves protestantes et les élèves catholiques. L'école étant devenue laïque, cette distinction n'avait plus de raison d'être.

 

b) L’école normale de garçons (Parthenay)

L’école normale de garçons est beaucoup plus ancienne que l’école normale de filles car les autorités académiques des Deux-Sèvres envisagent, dès 1834, sa création dans le département. A ce moment-là, il manque 350 instituteurs en zone rurale dans les Deux-Sèvres. Les autorités départementales de l’enseignement sont inquiètes. Car avec une formation de deux années et faute de moyens financiers, l’école normale ne peut fournir que dix ou vingt instituteurs par an. L'amélioration de l'instruction primaire est ralentie pendant vingt ou quarante ans. De plus, un jeune homme, avec le bagage intellectuel accumulé à l’école normale, ne souhaite pas se fixer dans un village pour un salaire dérisoire. Il préfère une ville, un gros bourg ou une place mieux rétribuée. Ce sont là les craintes des autorités départementales.

 

Dès 1835, cette école est établie à Parthenay, mais si dans le mois de la notification de l'autorisation du ministre, la ville n'a pas fourni de local approprié, l'école sera transférée à Thouars. Pourquoi a-t-on fait ce choix, plutôt rare, d’une ville qui n’est pas la préfecture ? Il fallait choisir une ville qui désirait accueillir cet établissement et prendre en charge les frais. La ville de Thouars est l'une des premières à poser sa candidature6. Elle met en avant le fait qu’elle possède déjà son collège avec ses cinq régents et estime que la ville de Parthenay a de trop faibles capacités et que c’est un fief religieux. Une pétition sera d'ailleurs signée pour que l'école normale soit établie à Thouars. La ville de Niort fut pressentie pour recevoir cette école, mais elle refusa de participer aux frais d'installation, car elle venait de faire des dépenses importantes pour acheter la caserne Duguesclin7. Finalement choisie, Parthenay s'empressa donc d’aménager une école normale. Au départ, elle pensa l'installer dans son propre collège, mais très vite, l'ancien couvent des Capucins fut envisagé pour l'accueillir. La situation privilégiée de Parthenay, au centre des Deux-Sèvres, sembla plus approprié et joua un rôle prépondérant lorsque Thouars offrit d'aménager le château de Trémouille pour la recevoir. Parthenay reçut une subvention du conseil général et assura la transformation de l'ancien couvent. Mais, en 1884, le conseil général, placé devant l'insuffisance et la vétusté des bâtiments, envisagea la construction d'une nouvelle école normale de garçons. Bien que Niort qui avait déjà l’école normale des filles, offrit de la recevoir, elle fut maintenue à Parthenay. La ville céda la propriété des Capucins et une subvention substantielle fut votée.

 


Photographie n°2 : L’école normale de garçon de Parthenay aux alentours de 1930.        Source : Musée Bernard d’Agesci de Niort.

Il n'y aura pas d'internat à Parthenay avant 1838. Sa création répond à la demande de M. Guizot qui condamnait l’externat, voulant protéger ainsi la moralité des futurs éducateurs8.

 

Durant cette période, l’école normale subit quelques menaces. Par exemple, en 1930, certains projets inquiètent les instituteurs. Ils craignent que les écoles normales ne soient transformées en écoles strictement professionnelles9. La culture générale leur serait dispensée dans les établissements secondaires. Déjà, en 1903 et 1904, le député Jean Massé proposait de telles transformations. A cette époque, le syndicat national des instituteurs accepte que les écoles normales soient profondément modifiées dans le cadre d’une refonte totale de l’enseignement aboutissant à l’école unique, donc à la suppression des écoles primaires supérieures.

«Tant que les salaires des instituteurs n’auront pas été améliorés, il est vain de croire, disent-ils, que les bons élèves du primaire entrés au lycée accepteront de devenir éducateurs». Ainsi ce serait « fatalement écrémer les classes populaires de leurs meilleurs éléments et priver l’enseignement du peuple de ses meilleurs maîtres ».

 

Malgré différents projets les menaçant et malgré le fait que l’école normale de Parthenay devienne une caserne allemande en 1940, quelques mois avant que le gouvernement de Vichy ne les transforme, les EN seront rétablies sous leur forme antérieure en 1946. L'école normale de Parthenay sera fermée en 1975.

 

L’entrée à l’école normale

Bien que l’on admette dans l’enseignement primaire des jeunes gens pourvus du brevet élémentaire ou du baccalauréat ou, pour les filles, du diplôme de fin d’études secondaires, l’école normale demeure la véritable pépinière des enseignants du primaire. Les études, qui durent trois ans, y sont gratuites, ainsi que le prix de la pension.

 

a) Un concours difficile

Ernest Pérochon nous raconte que «le concours d'admission rassemble un nombre de candidats fort variable suivant les régions, mais toujours plus élevé pour les filles que pour les garçons. Alors que, chez eux, la proportion de trois candidats pour une place est rarement atteinte, il est courant de voir pour vingt bourses d'élèves-maîtresses, cent candidates, parmi lesquelles se trouve l'élite des écoles primaires du département, voire des cours secondaires. Une des raisons de ce fait est que la vocation d'enseignement semble plus fréquente chez les filles que chez les garçons. En outre, beaucoup de carrières ouvertes aux jeunes gens pourvus d'une instruction primaire supérieure ne conviennent pas aux jeunes filles10».

 

Dans certains dossiers, le nombre de fois où l'élève a tenté le concours de l'école normale est signalé, que ce soit dans les Deux-Sèvres ou dans les départements limitrophes.

 

Tableau n° 1 : Nombre de tentatives au concours des écoles normales des Deux-Sèvres.

 

 

une fois

deux fois

trois fois

quatre fois

Totaux

Femmes normaliennes

73

56

16

1

146

Femmes non - normaliennes

22

6

6

0

34

Hommes normaliens

41

37

20

2

100

Hommes non - normaliens

5

0

1

0

6

Source : Réponses aux questionnaires et dossiers professionnels des instituteurs et des institutrices publics.

 

Les institutrices ont un taux de réussite (50 %) légèrement supérieur à celui des instituteurs (41 %) pour le premier essai. Pour le deuxième essai au concours, l’écart se réduit (38 % et  37 %) et pour le troisième essai, les garçons (20 %) ont davantage de chance que les filles (11 %). Il semble que les jeunes filles tentent en moyenne deux fois le concours. Si elles échouent, elles abandonnent ou deviennent intérimaires. Les hommes réussissent moins facilement, mais tentent plus souvent une troisième fois.  Les familles leur offrent peut-être une chance supplémentaire par rapport aux filles.

 

Au moment de passer le concours, une feuille d'inscription doit être remplie. Elle demande tous les renseignements qu'il faut savoir sur l'enfant et sa famille : les nom, prénom, lieu et date de naissance, l'école d'origine (école primaire supérieure ou cours complémentaire), les diplômes obtenus, le nombre de fois où l'élève a passé le concours, le nombre de frères, sœurs et aïeuls à charge, la profession des parents et leur honorabilité, le caractère de l'enfant et son état de santé. A tout cela, s'ajoute une appréciation générale de l'élève. Ce feuillet sera complété avec le rang d'entrée et de sortie de l’école normale, les options choisies, les dates d'obtention du brevet élémentaire, du brevet supérieur et certificat d’aptitude professionnelle, l'adresse des parents, etc. Malheureusement, cette feuille manque souvent, surtout chez les normaliennes. Elle commence à être présente dans les dossiers plus ou moins régulièrement à partir de 1932.

 

En général, est joint à cette feuille un certificat de santé révélant l'état physique du candidat, ses antécédents familiaux possibles et s'il y a eu décès de frères, de sœurs ou des parents. Aucune infirmité grave n'a été relevée dans ces dossiers. On y trouvera essentiellement des myopies. Le timbre de la voix est analysé (clair, enroué, etc.), ainsi que l'acuité auditive. Durant l'école normale, les élèves seront d'ailleurs régulièrement pesés et mesurés. Après les écrits du concours, les élèves devaient passer une visite médicale obligatoire. Certaines jeunes filles pouvaient être éliminées à cause de leur mauvaise santé physique. Mme B. (promotion 1928-1931) se souvient qu’elle : «avait passé une visite médicale quand on était reçu à l'écrit. On était cinq ou six à passer la radio pulmonaire car c'était encore l'époque de la tuberculose. On était très maigre toutes les cinq, je m'en souviens».

 

Les informations concernant les épreuves indiquent la présence du français et des mathématiques à l'écrit, mais aussi de l'histoire et de la géographie, des sciences naturelles et physiques. A ces matières principales s'ajoutent le dessin et la musique. Mme C. (promotion 1937-1940) se rappelle qu’elle devait tirer au sort pour les sujets.

«En physique, je suis tombée sur la balance. Durant toute l'année, notre professeur nous avait prévenues que c'était un sujet difficile au niveau de la différence entre poids et masse et je suis tombée dessus. On avait alors physique ou chimie. On avait des sciences naturelles et j'ai eu comme sujet : la tuberculose qui sévissait encore, mais moins qu'à une certaine époque».

 

M. R. (promotion 1929-1932) se souvient, lui aussi, de quelques sujets donnés : 

«Nous avions eu de la géographie et que c'était sur les climats de l'Europe. J'étais très fort et je crois que j'ai fait un devoir remarquable car je donnais des températures. En français, je ne me souviens pas, mais il y avait une dictée qui était "coton". Il y avait des questions sur la dictée qui n'étaient pas faciles non plus. Il y avait un problème d'arithmétique et algèbre ou algèbre et géométrie».

 

Quelques souvenirs très vivaces concernent parfois la difficulté des sujets donnés. M. P. (promotion 1931-1934) se souvient des matières de l'année d'avant :

«Il y avait comme sujet : les rapports entre la France et la Russie... Au cours de Napoléon... Vraiment, c'était catastrophique. On se souvenait surtout du poème d'Hugo : On s'abritait dans le ventre des chevaux morts, la tempête... La retraite de Russie. C'était tout ce qu'on possédait comme renseignements, ç'avait été catastrophique et même celui qui est devenu professeur d'école normale après nous, là, je crois qu'il avait 1,5 sur 20 ! C'était catastrophique ! » .

 

De la même manière, Mme C. (promotion 1937-1940) se remémore le scandale de 1937 quand elle a passé le concours de géographie. Elles avaient comme sujet : les voies de communication dans le monde, et, pour le programme, seule l'Europe avait été étudiée. Les professeurs étaient vraiment en colère, mais en fait, les connaissances culturelles des futures normaliennes étaient suffisamment importantes, «qu’elles s’en étaient sorties». Mme C. dénonce, de ce fait, le bachotage et le bourrage de crâne qui précédaient l’entrée à l’école normale. Mme F. (promotion 1937-1940, même promotion que Mme C.) se souvient aussi de ce scandale et raconte :

«Ecoutez, moi, je me souviens de ça parce que je regardais bien ce qu'on pouvait avoir. On avait un programme limitatif, mais qui était étendu en tout. On avait une jeune professeur. Elle était jeune et pas mariée à ce moment-là, quelqu'un de très bien et très consciencieux. Un jour, je lui pose la question : Mais si on avait les voies de communication dans le monde, qu'est-ce qu’il faudrait mettre ? Oh, jamais vous n'aurez ça ! Je la vois quand elle est venue après ; elle était convoquée pour le brevet qui se passait en même temps. Elle est montée à l'E.N., elle avait la figure décomposée. Je lui ai dit : il ne faut pas vous inquiéter parce que j'y avais réfléchi. J'avais fait un plan et je me demande si ce n'est pas ça qui m'a donné des points». Cette anecdote permet de se rendre compte du travail consciencieux des futures normaliennes et de leur assiduité.

 

Mme C. (promotion 1937-1940), la seule à s’en souvenir, avait tiré au sort, entre morale, droit privé, économie politique et instruction civique, un sujet de droit privé qui était : l'incapacité de la femme mariée. «J'ai commencé à réciter ma leçon qui disait que la femme avait une situation mineure et un des membres du jury a bien ri et m'a demandé d'être plus objective». Cette anecdote montre la docilité des élèves, le bachotage et le manque de recul par rapport à leurs apprentissages.

 

La difficulté du concours ne fait aucun doute pour ces futures normaliens et normaliennes et ce qui revient en leitmotiv dans les interviews, c'est le travail fourni pour sa préparation. Mme R. (promotion 1932-1935) : «Il y avait beaucoup de choses à réviser. Je me rappelle quand je préparais le concours au mois de juin, je me levais à quatre heures, quatre heures et demi, et je révisais avant d'aller à l'école. Ce n'était pas évident de l'avoir la première fois». Mme F. (promotion 1937-1940) : «C'était la directrice qui nous réunissait toutes et qui disait qui était reçue. C'était dur. On était trois de Melle et il y en avait deux à qui c'était la dernière année car il y avait une limite d'âge de 19 ans pour le concours de l'école normale. Il y en avait une en particulier surtout, dont les parents s'étaient saignés pour l'envoyer à l'E.N. et elle était collée». Certains échecs au concours sont de véritables déchirements, aggravés par les regards et les discours jaloux d’autres familles d’origine modestes qui affirment qu’il ne faut pas avoir trop d’ambition, comme le soulève Mme F. (promotion 1937-1940).

 

b) Une visite médicale draconienne

L’arrêté du 3 juillet 1921 institue l’obligation d’un examen médical pour les candidats aux fonctions de l’enseignement primaire. La circulaire ministérielle du 17 juin 1922 indique qu’il ne peut s’agir de l’accomplissement d’une simple formalité. Selon elle, l’État s’impose de lourds sacrifices en accordant, en vue de protéger l’enfance, des congés longue durée avec traitement intégral aux maîtres atteints de tuberculose ouverte ou de maladie mentale, et le but de cet arrêté est d’éviter d’intégrer dans les cadres de l’enseignement, des candidats qui n’offrent pas toutes les garanties désirables de bonne santé.

 

En 1922, les demandes de congés ordinaires de maladies deviennent plus nombreuses, voire trop nombreuses aux yeux de l’administration. Celle-ci se plaint qu’il en résulte non seulement une désorganisation fâcheuse des services dont les élèves sont les premiers à souffrir, mais aussi, des dépenses que le Trésor n’était logiquement tenu de supporter que dans la mesure où le fonctionnaire jouissait, lorsqu’il a été admis dans les cadres, d’une aptitude physique reconnue aux fonctions d’enseignement.

 

Les résultats du concours d’entrée à l’école normale sont publiés à l’issue des épreuves, sans tenir compte de la décision de la commission médicale, mais sous réserve de son application qui provoque parfois de terribles chocs émotionnels. En effet, après avoir travaillé de longs mois et après avoir été reçus au concours, certains jeunes gens  se voient refuser l’accès de l’école normale pour des prétextes parfois drastiques.

 

Ces dispositions très strictes montrent à quel point l’administration a le souci de faire entrer dans le corps enseignant primaire des individus en parfaite santé afin d’éviter tous risques de congé longue durée. Néanmoins, quelques élèves décéderont à l’école normale de la tuberculose. Malgré un examen médical assez sévère, beaucoup d’élèves-maîtresses arrivent à l’école normale en mauvais état physique, surmenées par le travail intensif qui a précédé le concours. L’une des interviewée, Mme B. (promotion 1932-1935) se souvient de son inquiétude lors de la visite médicale car elle était très grande et très maigre. Bien que n’ayant jamais été malade, elle était d’apparence souffreteuse et donc fragile. C’est surtout la tuberculose qui est craint et qui pouvait atteindre les plus faibles. Il est des écoles normales contaminées où le mal décime chaque promotion. Les bâtiments sombres sont bannis et des aménagements sont proposés pour faire couler partout l'eau et faire pénétrer l’air et le soleil. Cependant, des problèmes financiers limitent les possibilités de la part de l’État d’assainir les locaux des écoles normales.

 

Une augmentation des effectifs

Les promotions sont, avant la Première Guerre mondiale, relativement restreintes. La guerre 1914-1918, ayant fait des ravages, les promotions de l'après-guerre ont un effectif réduit. Alors il faut relancer, reconstruire ce qui a été détruit et retrouver un équilibre perdu durant quatre années. Beaucoup d'instituteurs sont morts ; il faut en former de nouveaux. Cependant, la trouée s’est refermée d’elle-même à partir de 1920, avec la réforme qui imposait une formation professionnelle continue, dès la première année, et qui rendait inopportune l’arrivée, en cours de cursus, d’élèves extérieurs étrangers à cette formation. L’école normale a ainsi continué à recruter ses élèves au niveau du brevet élémentaire dans les milieux populaires. Mais la question de son rôle propre finit par revenir à l’ordre du jour, d’autant que, la gratuité, s’étant étendue à l’enseignement secondaire et la loi autorisant désormais les bacheliers à exercer directement les fonctions d’instituteurs stagiaires, l’école normale avait déjà perdu le monopole qui était le sien, celui de la production des maîtres.

 

Pour les instituteurs, les effectifs des promotions vont aller en augmentant de façon considérable au point de tripler en neuf ans. En effet, en 1920, l’effectif est de neuf élèves et atteint son apogée avec la promotion 1929-1932 qui recense un maximum de 29 élèves. Cette promotion a été fortement critiquée par les inspecteurs primaires. Quelques normaliens furent de "très mauvais éléments" et dans leur dossier, le recrutement trop massif de cette promotion est parfois mis en cause. Ayant réussi plus ou moins à pallier le manque d'instituteurs, le nombre de normaliens semble retrouver ensuite une certaine stabilité. Cependant, les promotions de 1937 à 1939 recommenceront à augmenter de façon sensible.

 

Après la Première Guerre mondiale, on constate un essor démographique qui reste cependant moins important que celui postérieur à la Deuxième Guerre mondiale. Ces enfants seront en âge d'être scolarisés dans les six ans qui suivront ce léger baby-boom. Il faudra donc des instituteurs pour répondre à la demande de scolarisation de ces derniers et avec les pertes qu'a subi le corps enseignant, le recrutement sera plus important.

 

Les normaliennes sont plus nombreuses que les normaliens dès 1919. Cela paraît tout à fait normal dans la mesure où après la Première Guerre mondiale, le recrutement des hommes fait défaut. Les femmes doivent donc suppléer à cette insuffisance. Les années 1923 et 1924 notamment, creusent l’écart et les promotions féminines dominent. Les années qui suivent, chercheront à contrebalancer cette tendance, mais sans succès. L'année 1929 est particulière pour les garçons. Il semble que les autorités aient voulu éviter un taux de féminisation trop important de cette profession durant les années 1933-1936. Cependant, les années suivantes marquent la domination des femmes dans ce recrutement, et cela se confirmera par la suite. Durant et après la guerre, beaucoup de jeunes filles ont été intégrées sans avoir fait l'école normale et sans avoir les diplômes requis. Pour modifier cette tendance et revaloriser le niveau, un nombre important de normaliens a été recruté. Les années qui suivent, voient malgré tout, des effectifs chez les normaliennes supérieurs à ceux des normaliens. C'est vraiment le début de la féminisation de la profession. La prolongation de la scolarité obligatoire ou volontaire a imposé la création d’un assez grand nombre de postes. En 1934 et 1935, il a été créé 3 358 postes nationaux dont 1 200 environ pour les enfants au-dessus de 13 ans11.

 

 

1 Pierre Dauthuile, L’École primaire dans les Deux-Sèvres depuis ses origines à nos jours, Niort, Martin, 1904, p.68.

2 Ibid., p. 84.

3 Pierre Albertini, L’École en France de la maternelle à l’Université, Paris, Hachette, 1992, p. 39.

4 École normale d’institutrices de Niort (création, ouverture, correspondance), 1876 – 1880 : 4 T 46 et 

École normale d’institutrices de Niort (rapports de la directrice sur la situation de l’école), 1891 - … : 4 T 48. Archives départementales des Deux-Sèvres.       

5 Pierre Dauthuile, op. cit.,  p. 244.

6 Pierre Dauthuile, op. cit., p. 226.

7 Bulletin de l’Association Amicale des Anciens Elèves de l’École Normale de Parthenay, n°32, 1974, p.8.

8 Pierre Dauthuile, op. cit., pp.231 – 232 . 

9 Bulletin du syndicat des instituteurs et institutrices publics des Deux-Sèvres, Archives départementales des Deux-Sèvres, 8° P 23.

10 Ernest Pérochon, op. cit.,  p. 22.

11 «Nombre d’élèves à admettre dans les écoles normales en 1936. Circulaire ministérielle du 28 mars 1936», Bulletin administratif de l’instruction primaire du département des Deux-Sèvres, 1936, pp. 76 et 77.

 

 

 

 

Cadre de Vie et de travail

à l’Ecole Normale de Parthenay

par Henri Jamoneau

Instituteur honoraire, ancien normalien auteur du livre

« L’école normale de Parthenay » Geste Editions 2002

 

 

Les bâtiments de l’Ecole Normale étaient à l’origine un couvent des Capucins, de 1620 à 1780, avant d’être confisqué à la Révolution, et vendu comme bien national, à un sieur Céra. La loi Guizot du 28 juin 1833 obligeant les départements à créer une Ecole Normale primaire, et la ville de Parthenay ayant accepté la proposition, il fallait bien assumer.

 

Les premiers élèves subirent donc les premiers cours le 6 juin 1836 dans un bâtiment petit et inadapté, aujourd’hui disparu. Mais dès le 15 septembre 1835, la ville avait décidé d’acheter cet ancien couvent situé rue du Marchioux, avec un grand jardin, clos par une imposante charmille, et des marronniers centenaires qui avaient fait les délices des moines. Des travaux furent rondement menés pour aménager les appartements du directeur, les services de l’école, et même la chapelle offerte par la duchesse de la Meilleraye dut laisser la place à des salles de classe. Le 7 octobre 1838, l’Ecole Normale accueillait ses premiers pensionnaires.

 

En 1852 était créée une école annexe, mais c’est en 1877 que l’école est entièrement réaménagée. De cette époque date le bâtiment, au moins les façades, que nous connaissons encore aujourd’hui. D’ailleurs, si vous observez les grilles qui ferment la cour le long de la rue du Marchioux, devant le monument aux morts, vous remarquerez qu’elles portent en leur centre les macarons E.N., une lettre sur chaque grille. Ces bâtiments ne vont plus guère évoluer, intérieurement, avant la modernisation du 20ème siècle et l’arrivée de l’électricité, en 1926, du téléphone, de la TSF. Le chauffage central, depuis longtemps demandé, ne sera installé qu’en 1935, avec une modification des galeries pour apporter de la lumière, et la construction de véritables sanitaires. Peut-être faut-il rappeler que dans les années 20 et 30, l’Ecole Normale de Parthenay avait une réputation d’école malsaine, avec des cas de tuberculose et de méningite.

J’allais passer sous silence l’acquisition, en 1870, d’un champ d’expériences agricoles, séparé du jardin par le chemin du petit Sanitat, un achat qui en dit long sur l’importance accordée à l’enseignement agricole. A force d’amputations successives (sport, château d’eau), ce champ est devenu le stade municipal de Parthenay et fut remplacé, pour des raisons alimentaires, par un terrain situé à l’emplacement de l’Ecole Gutenberg. Le jardin lui-même sera bientôt amputé, en 1961, de sa célèbre charmille pour la construction d’un gymnase.

 

Avec la fermeture de l’école pendant la guerre 39-45, et son occupation par l’armée allemande, puis par une école ménagère, des travaux furent à nouveau nécessaires pour sa réouverture en 1946, sous la direction de M. Géron. L’aménagement des dortoirs en fut un élément de taille : ces immenses salles furent divisées en boxes individuels en bois fermés par un rideau, dans lequel chaque élève-maître disposait d’un lit, d’une petite armoire et d’un lavabo. Bien que préservant quelque peu l’intimité de chacun, cette disposition ne mettait nullement l’occupant à l’abri des intrusions nocturnes et intempestives de confrères mal intentionnés.

 

Le cadre général est donc planté, et je me bornerai maintenant à évoquer la vie des normaliens, telle que je l’ai vécue, dans les années 50.

 

Le premier élément, d’importance, voulu dès 1835 par Guizot, est l’internat pour tous. Le roulement annuel des quatre promotions induit un tissu de relations très riche, sans aucun doute, mais parfois tendu. Vous n’ignorez pas qu’avant d’être un ancien, il fallait, à Parthenay, être « racin », et cette première année a pu laisser chez certains des souvenirs plus ou moins agréables. Un racin est par essence un « sous normalien » que les anciens vont devoir former à leur idée et qui va devoir apporter son aide à son ou ses anciens (père, grand-père pédagogiques) dans les travaux d’entretien du matin, dans diverses circonstances de la journée, ou tout simplement pour les divertir.

 

L’emploi du temps de la journée se révélait assez chargé, avec les heures d’étude du matin avant le petit déjeuner, les heures de cours, et de nouveau les études du soir, avant et après le dîner. A vrai dire, ce n’était tout de même pas le régime dont ont parlé Ernest Pérochon ou Georges Picard. Il me semble que chacun pouvait trouver le moment de s’adonner à des occupations plus personnelles : sport (et pas seulement la fameuse chinchinette pratiquée dans les cours de l’école, avec parfois la participation active de M. Géron, l’accès au stade voisin était libre et permanent), mais aussi musique, lecture, photo, radio (les postes à galène ont eu leur heure de gloire), et sans doute des sorties plus ou moins autorisées en ville.

 

Sauf accident de parcours dans la semaine, il était possible de passer le dimanche en famille pour ceux dont les déplacements ne posaient pas trop de difficultés car les transports collectifs, en direction du sud particulièrement, n’étaient pas très commodes. Cela était vrai également pour la pratique des sports, football essentiellement, dans les clubs d’origine, mais aussi pour le groupe de musiciens qui assurait assez régulièrement les après-midi et soirées dansantes dans les communes du département, à la demande le plus souvent de sociétés d’Education Populaire. Pour ces musiciens, la nuit du dimanche au lundi risquait de se révéler bien courte et l’attention en cours parfois flageolante.

 

J’évoquais il y a quelques instants, ce terrain d’expériences agricoles qui fit, au début du 20ème siècle, la renommée de l’école. Les essais de culture de céréales en particulier, étaient reconnus dans tout le département comme produisant les meilleures semences et les agriculteurs les achetaient volontiers lors de la foire annuelle de la ville. La disparition de cette activité ne dispensait toutefois pas les élèves-maîtres de se préparer à cultiver le plus beau jardin de la commune qui allait les accueillir et on pouvait les voir, sous la houlette du jardinier et du professeur d’agriculture, user leurs sabots à bêcher, récolter, et surtout peut-être, à s’initier à la greffe et à la taille des arbres fruitiers avec M. Insergueix.

 

N’oublions pas malgré tout, que les trois premières années étaient consacrées à la préparation du baccalauréat qui avait remplacé le Brevet Supérieur, le fameux BS, à la réouverture des EN à la fin de la guerre. Les professeurs, peu nombreux, étaient bien connus des élèves, les anciens se faisant un devoir, sinon un plaisir, de révéler aux racins les habitudes, les manies, les marottes des enseignants. Et encore aujourd’hui, il n’est pas rare d’évoquer, lors des réunions de promotion, les cours de mathématiques de M. Bonneau, les cours d’anglais de M. Chaput, les cours d’histoire de M. Girard, les séances de laboratoire de Mlle Brin, et encore plus fréquemment les cours de philo de M. Jeannerot.

 

Je témoignerai sur ce sujet des études, mais ce n’est qu’une anecdote, de la façon dont nous préparions les examens, lors du dernier trimestre. En dehors des séances, volontaires et souvent tardives de révisions communes et d’interrogations mutuelles, les semaines précédant les dates fatidiques voyaient les élèves concernés, debout aux aurores, s’isoler dans les endroits les plus inattendus pour y travailler d’arrache-pied : les classes bien sûr, mais aussi le gymnase (chacun devant sa fenêtre), les douches, les godasseries, et même le grenier de la réserve à charbon de la cour aux canes !

 

La 4ème année, qui sera doublée d’une 5ème une douzaine d’années plus tard, prend un tout autre visage puisqu’elle sera consacrée à la formation professionnelle.

 

Lors de la création des Ecoles Normales, cette formation restait essentiellement théorique, à base de cours magistraux, responsabilité du directeur en général. Mais très vite, la nécessité d’une formation face ou auprès des élèves allait s’imposer, ce qui allait poser bien des problèmes au directeur et à la Commission de Surveillance de l’établissement. Il fallait en effet, pour rencontrer des élèves, que les normaliens se déplacent à l’Ecole Communale, ce qui rendait bien aléatoire la surveillance étroite dont ils devaient faire l’objet. La parade est décidée le 28 décembre 1852 : création d’une école annexe jouxtant l’EN. Cela permettait même de faire jouer aux normaliens le rôle de remplaçant en l’absence d’un instituteur.

 

Jusqu’aux lois Ferry de 1882, la formation théorique, avec la pédagogie et la morale professionnelle, restent très contraignantes, ainsi que la décrit mon collègue, M. Bouet en 1878 : « au chapitre : qualités et devoirs de l’instituteur, y compris dans sa vie privée. L’instituteur doit être un homme sincèrement religieux ; il doit, autant par son attitude que par ses paroles, inspirer le respect pour le gouvernement établi, pour les lois … Son ménage doit être un modèle de concorde et de bonne tenue … il doit éviter cette triste manie qui consiste à vouloir s’élever au-dessus de sa position … » (Directeur : M. Brothier, un ancien élève de l’école, promotion 1856-1859)

 

Les résultats de cette préparation ne sont toutefois pas très convaincants puisque Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, insiste sur ce sujet dans une circulaire de 1881 : »les jeunes instituteurs qui sortent des Ecoles Normales sont très convenablement instruits, mais ils ne savent pas assez enseigner … la direction que les élèves-maîtres reçoivent à l’Ecole Annexe n’a été, jusqu’à présent, ni toujours assez sûre, ni toujours assez éclairée … »

 

La participation des classes de l’école annexe allait donc s’affirmer davantage puisque les séances d’observation, les participations ponctuelles sur une leçon ou une demi-journée, voire une prise en main totale, leçons modèles ou leçons d’essai, se multiplièrent au niveau des trois années d’EN. Dans les années 1930-1940, fut instituée la coutume d’une leçon particulière, le samedi après-midi, dans les locaux de l’EN, avec la participation d’une classe de l’Ecole annexe. Devant un parterre d’élèves-maîtres, de professeurs et même d’instituteurs de différentes écoles, invités à pratiquer une forme de recyclage, la leçon-spectacle présentée par un élève de 3ème année était ensuite commentée et critiquée par les spectateurs.

 

A partir de 1946, et avec la préparation du baccalauréat, les trois premières années sont exemptes de préparation professionnelle, ce qui n’empêche pas les contacts entre promotions et le bain, sinon de pédagogie, au moins d’informations sur ce que chacun va connaître bientôt.

 

Tout au long de cette année de formation professionnelle, l’objectif est présent : se préparer à assumer du mieux possible le rôle d’instituteur, la transmission indispensable du savoir, mais également la connaissance des enfants, l’aptitude à vivre avec eux, la capacité à s’immerger dans la population et à participer à son évolution.

 

La première initiation est celle des stages dans divers types de classes et d’écoles : écoles à classe unique, école de campagne à deux classes, écoles de ville à cours unique, mais aussi classes pratiquant des techniques pédagogiques particulières, Freinet par exemple. Un stage par trimestre, avec visite du directeur, parfois de professeurs, rapports de stage. Le tout complété par des leçons d’essai à l’Ecole Annexe.

 

A cette partie pratique, s’ajoutent les cours de pédagogie pratiqués par les professeurs dans leur discipline, les cours de pédagogie générale, de psychologie de l’enfant et de philosophie de l’éducation dispensés par le directeur, les notions de législation scolaire, de secrétariat de mairie et un stage d’éducation physique au CREPS de Boivre.

 

Pour ce qui concerne une autre approche de la connaissance de l’enfant, un certain nombre de normaliens participait aux activités du Patronage des Ecoles Laïques de Parthenay, à des stages de formation, à Boivre encore, avec les FFC ou les CEMEA. Cela explique en partie le nombre important de jeunes instituteurs qui ont encadré des colonies de vacances et des Centres Aérés.

 

1968 va bien sûr marquer un tournant dans la vie de L’EN ainsi que dans la formation professionnelle des normaliens. Très vite, les lauréats du concours d’entrée pourront choisir de préparer le baccalauréat dans le lycée de leur choix, vidant ainsi de sa substance une bonne partie de l’établissement, en même temps que la plus grande partie des cours habituels des professeurs qui vont devoir recentrer leurs interventions sur la pédagogie de l’enseignement de leur discipline. Et ceci, à la fois en direction des normaliens qui disposent maintenant de deux années de formation professionnelle, et en direction des instituteurs en stages de recyclage.

 

La première année était en partie consacrée à une observation du travail des instituteurs des écoles d’application, par séquences spécifiques. Jamais pour une journée entière. Et ceci à tous les niveaux de l’enseignement élémentaire, les maternelles paraissant toutefois quelque peu négligées. Des leçons d’essai, devant tous les élèves-maîtres, avec critiques et commentaires, étaient organisées dans les écoles d’application de Parthenay.

 

Un élément de la formation pratique des élèves-maîtres, lors de la seconde année de FP, est d’ailleurs directement reliée à ce recyclage, puisqu’ils effectuent leur premier stage en situation , pour trois mois, dans la classe  d’un maître en recyclage à l’EN. Ce stage était d’abord préparé et un bilan était remis et commenté au retour à l’EN.

 

Je ne peux terminer ma modeste contribution sans évoquer les activités parfois qualifiées d’annexes, ce qui ne signifie pas nécessairement secondaires. Il n’est pas question de s’étendre longuement sur ce sujet mais de prendre conscience de leur nombre et de leur variété. J’ai déjà évoqué le sport, la musique, la photo, il faut ajouter le théâtre, les activités éducatives extra ou périscolaires, la préparation au secrétariat de mairie, la découverte des œuvres coopératives ou mutualistes, mais aussi la rédaction du fameux devoir de 4ème année. De ces activités sont nées quantités de créations au sein des sociétés d’éducation populaire, de la Fédération des Œuvres Laïques, de la Coopération à l’école ou de la Ligue de l’Enseignement. Cet ensemble ne préjuge pas des engagements et des réussites personnelles, parmi lesquelles j’ai fait un choix bien arbitraire et sans doute contestable, dans des domaines aussi divers que les lettres avec Ernest Pérochon ou Georges Picard, la peinture avec Maurice Caillon ou Henri Thomas (auteur du tableau qui ornait la salle à manger de l’école), les œuvres mutualistes avec Edmond Proust, la défense du patrimoine et de la culture populaire avec André Pacher ou Ulysse Dubois, jusqu’aux responsabilités municipales ou nationales avec Maurice Barret ou René Gaillard.

 

 

Faut-il regretter la disparition de ces Ecoles Normales d’Instituteurs au profit de nos modernes IUFM, comme la disparition des Instituteurs au profit des Professeurs des Ecoles ? Ce n’est certainement pas à moi de répondre à une telle interrogation, et ce n’était pas le sujet de mon bavardage.

 

 

L’IUFM,

DE L’ « EN » AU « grand U » : ENTRE

nostalgie et inquiétudes,

LE PARI DE L’OPTIMISME

Alain Chauffier, IEN, directeur du site IUFM de NIORT, centre académique de formations spécialisées pour l’adaptation et l’intégration scolaire (ASH).

 

Ni écrivain, ni historien, ni chercheur, j’essaierai simplement ce soir (modestement) d’adopter la posture du praticien réflexif (celui que nous essayons de former à l’IUFM). Je parlerai de la place d’un simple « maître de campagne » (pour reprendre les propos des précédents conférenciers) devenu simple maître es université grâce à ce principe que j’essaie de promouvoir dans toutes les fonctions qui me sont confiées : la formation tout au long de la carrière, la formation permanente. Je tenterai d’illustrer comment ce cheminement et ces convictions peuvent conduire aujourd’hui à agir avec optimisme comme « inspecteur – directeur d’un site d’école intégrée à l’université ». Mon propos de ce soir s’inscrit donc comme interrogation constructive entre école républicaine laïque et université en pleine mutation.

 

Avant de commencer, je mentionnerai le fait - historique et sociologique - que les dates 1880-1882 qui ornent le fronton de cette maison délimitent le temps de sa construction mais indiquent aussi les dates de réalisations des écoles normales supérieures (universitaires donc) de Fontenay, pour les filles en 1880 et de St Cloud, pour les garçons en 1882.

 

QUI est l’IUFM A LA VEILLE DE SON INTEGRATION ?

 

L’IUFM, c’est un peu un être bizarre entre l’école de J. Ferry, celle de l’instruction et de la morale républicaine (l’école de la norme !) et cette autre très vieille dame distinguée, héritière du domaine prestigieux des lumières, un peu élitiste, mais qui s’est formidablement démocratisée depuis le Moyen Âge. L’université Poitiers c’était bien avant 1880, c’était en 1431 une université fondée par le Pape Eugène IV, installée ensuite par Charles VII.

 

L’IUFM c’est l’histoire (courte) d’un parcours chaotique entre deux lois d’orientations :

·        10 juillet 1989 art 17

·        loi d’orientation et de programmation pour l’avenir de l’école du 23 août 2005 (art 43 à 45 puis 85 à 86)

 

L’IUFM, c’est donc un trait d’union entre instruction publique et recherche publique (peut-être recherche privée demain…)

 

Donc à 18 ans (il aura vécu comme établissement autonome entre 1990 et 2008) l’IUFM deviendrait adulte, enfin capable de tuer « la mère école normale » et de s’émanciper grâce à son adoption par l’université, monde du savoir en devenir…

 

Hélas l’établissement autonome n’est plus et la liberté va peut-être se retrouver mise sous tutelle…

 

Avant de parler de l’IUFM et de l’Université, j’aimerai rappeler les difficultés du chemin parcouru avant l’intégration.

 

 

L’IUFM, UN NOUVEAU SISYPHE ?

Dans la mythologie grecque, Sisyphe, fils d’Éole et fondateur de Corinthe, a dénoncé Zeus qui avait enlevé une jeune vierge, fille d’Asope. Pour le punir, Zeus l’a condamné à pousser éternellement un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir : à peine Sisyphe est-il arrivé près de son but que le rocher roule vers le bas, et tout est à recommencer...

Sisyphe symbolise pour les uns la quête de liberté, pour d’autres, la fidélité à soi-même. Ici, il symbolisera la persévérance et le perpétuel recommencement des responsables des IUFM. Il représentera aussi l’espoir. Qui sait si Sisyphe, ne parviendra pas un jour à maintenir en haut de la montagne la pierre qui roule sans cesse l’obligeant - et obligeant les formateurs - à recommencer leur ascension ?

(Lire : Le Mythe de Sisyphe, d’Albert Camus, Éditions Gallimard, 1942)

L’IUFM avait 2 ans à peine quand le rapport KASPI (André Kaspi, professeur à la Sorbonne, rapport au ministre), préconise le retour de la 1ère année de formation au sein des UFR (pour les PE1&PLC1 qui préparent CRPE et CAPES).

 

A l’âge de 5 ans : l’IUFM se voit contester son caractère universitaire, trop peu d’enseignants maîtres de conférences ou professeurs des universités : mais comment cela aurait-il pu être déjà possible ?

 

L’IUFM avait 8 ans : le MEN reproche vivement le « manque flagrant de pratiques de terrain ».

 

L’IUFM avait 11 ans : le rapport CASPAR (Pierre Caspar, professeur au CNAM, Réflexion sur la formation de formateurs, rapport au ministre) demande aux formateurs d’être à la fois plus spécialisés, chercheurs, polyvalents dans leurs actions, plus experts de terrain… : la quadrature du cercle !

 

Mais que demande t-on à nos enseignants ? On comprend mieux à l’aune des attentes contradictoires réitérées les difficultés du métier…

 

Je ne citerai pas ici les critiques internes - émanant parfois de responsables éminents – l’un des derniers directeurs de la CDIUFM (conférence des directeurs de l’IUFM) n’a-t-il pas annoncé sur une radio nationale, en 2007, la disparition imminente des IUFM ?

 

Toujours critiqué, objet de reproches contradictoires, en tension entre théorie et pratiques, entre savoirs savants et savoirs professionnels, l’IUFM a continué à remplir sa mission - ROULE DONC TON ROCHER SISYPHE !

 

Bouc émissaire, ce nouveau Sisyphe peut-il être heureux ? (Lire Albert Camus, op. cit.).

 

Sûrement, si l’on affirme que le statut de cet institut manie nécessairement les contraires et revendique le droit à la complexité du fonctionnement, en réponse à la complexité du métier d’enseignant.

 

Pour terminer ce parcours « à flanc de montagne », en s’installant dans la perspective d’un possible bonheur de formateur, je vais citer le « rapport des rapports », celui du Comité National d’Evaluation, paru pour les 10 ans de l’IUFM. Entre les critiques, quelques points forts sont soulignés.

 

 

-         Bonne prise en compte du métier réel,

-         maîtrise de l’alternance,

-         qualité de la collaboration avec l’université pour les préparations aux concours du 2nd degré (CAPES – AGREGATION),

-         qualité de la formation en didactique,

-          recherches sur la polyvalence dans le 1er degré,

-         mise en œuvre de la réflexivité, entre autres, qualité des mémoires professionnels et des analyses de pratique.

 

Fort de cette reconnaissance, SISYPHE peut recommencer sa tâche et décliner le nouveau cahier des charges (arrêté du 19 décembre 2006) qui organise la formation des enseignants et confie aux IUFM la mise en œuvre d’un continuum licence, concours, formation à l’exercice du métier (je reviendrai plus loin sur la proximité avec le parcours Licence Master Doctorat).

 

La lettre de mission du président de la république au ministre de l’éducation nationale du 5 juillet 2007 pose clairement les nouvelles orientations : « La formation des enseignants devra durer 5 ans et sera reconnu dans le cadre d’un MASTER. »

 

QUEL PROJET POUR L’IUFM INTEGRE ?

 

Une formation professionnelle centrée sur 10 compétences, les mêmes pour le 1er   et le 2ème degré :

 

1.                        Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable

2.                        Maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer

3.                        Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale

4.                        Concevoir et mettre en œuvre son enseignement

5.                        Organiser le travail de la classe

6.                        Prendre en compte la diversité des élèves

7.                        Evaluer les élèves

8.                        Maîtriser les technologies de l’information et de la communication

9.                        Travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l’école

10.                    Se former et innover

 

 

Une formation professionnelle réellement organisée au sein d’un cursus L1, L2, (une centaine d’heures de professionnalisation dès la Licence…), M1, M2, T1 et T2 (les deux premières années de prise de fonction sur le « Terrain » font l’objet d’une formation définie par l’IUFM).

 

Une formation réellement personnalisée, avec des formateurs référents et des modules choisis (ce qui est demandé aujourd’hui à toute l’université dès la licence) et une formation déjà tournée vers la certification universitaire : principe de la « semestrialisation », découpage en unités d’enseignement bien identifiées, remplacement du mémoire professionnel par un travail d’étude personnel orienté vers la recherche, dirigé par un universitaire.

 

Une certification qui vise l’obtention d’un véritable master, adossé à la recherche. L’enjeu est ici de créer un master qui ne se contente ni de valider l’existant ni de surajouter des enseignements et productions supplémentaires. L’IUFM de Poitiers est un des rares IUFM qui propose dès cet année au ministère l’agrément d’un master « métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation » déployé sur quatre options : 1er degré, 2nd degré, élèves à besoins éducatifs particuliers (spécialité de NIORT) et formation de formateurs orientée vers la recherche en sciences humaines.

 

 

Quels avantages liés à ce caractère universitaire ?

 

Le principal plus est la mobilité : mobilité en cours d’études (réorientation vers des métiers du secteur éducatif et social en M1 par exemple), mobilité professionnelle et géographique dans un cadre européen et international.

 

Avec une perspective claire : la fin du concours à BAC + 4 pour les enseignants. Pour demain, un concours nouveau qui peut être conçu selon plusieurs options :

 

-         Concours à BAC + 3,

-         Concours par paliers successifs (exemple des cursus en médecine, autre profession à haut niveau d’exigence et de qualification…)

-         Concours à BAC + 5, niveau master 2.

 

Cette dernière solution semble destinée à s’imposer. Mais des questions subsistent :

- quel recrutement ? (quel moment, quelles modalités, par qui ?...)

- quel régime de professionnalisation : un étudiant peut-il exercer en responsabilité ? Doit-on devenir fonctionnaire stagiaire lors de la formation et à quel moment ?

 

 Pour résumer les perspectives et interrogations :

 

- quels masters, par quelles universités et pour quel employeur ? (Va-t-on voir se terminer le monopole de la formation des enseignants détenu par l’IUFM ?)

 

- quel rôle et quelle place pour l’état dans la formation et l’emploi des enseignants ? (Même question pour l’emploi des enseignants…)

 

 

Que représentent les IUFM au moment de leur intégration ? 

 

- 75 000 étudiants et stagiaires

- 4 500 formateurs à plein temps

- 20 000 formateurs associés et intervenants.

 

Peu de chose en fait !

 

Ici, sur le site de NIORT on forme 450 personnes en « période de pointe » :

- 200 PE, 150 PLC,

- 50 enseignants 1er et 2nd degré ASH,

- 4 000 journées de FC 1er degré et 2nd  degré.

 

On compte une quarantaine de formateurs attitrés et environ 80 formateurs associés et intervenants réguliers.

 

Tout ceci pour des productions et un suivi à la mesure de SISYPHE, avec des plans de formation qui changent d’une année à l’autre, et donnent bien peu de temps pour construire un professionnel : 420 H en PE2, 240 H en PLC2.

 

Où en est l’intégration des IUFM sur le plan national ?

 

Sur 31 IUFM, 25 à ce jour - dont celui de Poitiers - sont intégrés comme écoles internes (17 nouvelles intégrations dont Poitiers au 1er janvier 2008).

 

Reste à réaliser l’intégration des académies suivantes : Alsace, Guyane, Guadeloupe,           Pacifique et Corse. Les problèmes qui retardent cette dernière vague sont essentiellement de deux ordres : difficulté de choix de l’université de rattachement et politiques locales (complexité et différence des DOM-TOM par exemple).

 

Pour ESSAYER DE Conclure

 

Après trois années (depuis la Loi d’Orientation de 2005) une étape décisive pour la formation des enseignants est en passe d’être réussie (rapport Geoffroy, député de Seine Maritime, octobre 2007).

 

Reste à assumer le « Grand U »et à lui donner toute sa signification.

 

Reste à dépasser les inquiétudes liées à l’inconnu (n’est ce pas le propre de nos métiers liés à l’apprentissage ?)

 

Reste à remplacer les critiques par une ambition affichée.

 

L’enjeu est de taille, il s’agit de donner à notre nation une place de choix sur l’échiquier mondial de l’intelligence. Il s’agit de créer les conditions d’un métier reconnu et revalorisé.

 

Décidément et résolument, Sisyphe doit pouvoir être heureux… Pour ma part, je fais le choix de l’optimisme au vu des potentiels de l’Université.

 

 

l’UNIVERSITE de Poitiers EN QUELQUES CHIFFRES

 

·        7 unités de formation et de recherche (UFR)

·        1 école d’ingénieurs

·        6 instituts (dont l’IUFM)

·        25 000 étudiants dont 3 000 étudiants internationaux de 110 nationalités

·        2 500 personnels

·       

DES  FORMATIONS

DE LA RECHERCHE